A l’ouest, du nouveau !
A l’issue de ce stage des 3 et 4 janvier aux écuries de Penfrat (http://www.ecuries-de-penfrat.fr/index.html), encore une fois, je reste agréablement surpris et touché tant par l’accueil que par la qualité et la diversité des échanges entre les auditeurs et moi-même, mais aussi par les échanges entre auditeurs. Force est de constater les efforts et les progrès divers et variés des uns et des autres, des doutes sur la justesse du travail réalisé ou de la technique utilisée, allant ou non dans l’esprit de Légèreté.
En effet, si l’on a parlé et abordé Le sujet de la légèreté en y associant la discrétion des aides par leur emploi et par l’intensité de leur emploi à la gestion de l’équilibre dans l’activité, en ressort de façon de plus en plus marquée que : quel que soit le niveau du cheval ou de son cavalier, cette fichue légèreté est, en premier lieu, bien plus une affaire d’état d’esprit qu’une question de niveau ! Lapalisse ne dirait pas mieux, mais force est de constater que plus les choses sont simples, plus elles sont difficiles à mettre en application, quand bien-même elles seraient acquises intellectuellement !
Et d’aborder le « pervers » de la chose : moi le premier, j’ai souvent le sentiment de n’avoir pas de main et/ou pas de jambe, au sens où j’ai la sensation que la main comme la jambe ne sont là qu’en tant que « guides / surveillants » prêts à intervenir. Jusque là, rien d’extraordinaire.
Mais commencent les ennuis au moment où ces aides doivent se manifester… pour aider, et surtout pas pour soutenir au sens de porter, ni manquer d’agir en laissant le cheval « dans le vide » ! C’est là aussi une question de juste milieu, pour ne pas dire d’équilibre !
Et là comme je le suppose pour bon nombre d’entre nous en voulant agir POUR et jamais CONTRE le cheval, je dois avouer que dans ces actions ponctuelles l’intensité de ces aides est loin d’être constante, voire d’aller du « contact ferme » à l’absence de contact. Par conséquent, tout y est pour créer des « résistances » physiques et mentales du cheval.
Et alors, me direz-vous ?
Tout le drame de ce genre de situation se résume au fait de vouloir bien faire et malgré toute l’attention que l’on y porte, de faire payer nos maladresses « le prix fort » au cheval ; adieu légèreté, adieu équilibre, adieu impulsion,…, et la liste est longue ! Car comme chacun sait, sans une parfaite indépendance de nos mains, de nos jambes et de notre assiette, impossible d’agir ponctuellement au moment opportun dans la locomotion, impossible d’atteindre cette finesse qui nous renvoie une sensation d’équilibre parfait, où tout semble « facile et aérien », où s’accordent parfaitement Equilibre et Activité que les mouvements soient simples ou compliqués…(merci mon Général !)
Si je mets en application une expression récurrente de mes formateurs en équitation comportementale (Guillaume ANTOINE et Gérard DORSI, fondateurs de « 3GB, le cheval avec vous » ) :
« …prendre ses rênes, c’est prendre ses responsabilités…. »
Dans un premier temps, il s’agit de faire en sorte que nos chers compagnons soient dans le pire des cas dans des situations momentanément « inconfortables » mais jamais douloureuses, ces situations provoquées par nos maladresses et non par un accès de brutalité, cela va sans dire, puisque nous en sommes à un stade où la brutalité a été systématiquement exclue intellectuellement et pratiquement dans nos actes quotidiens avec nos chers compagnons, ce qui n’exclu pas la fermeté dans la mise en œuvre de nos projets équestres ! Pour faire allusion à des expressions que j’utilise souvent faisant Honneur à mon père disparu et pour faire sourire quelques stagiaires qui « m’ont subi » :
« …à partir du moment où ce que vous faites est pour le cheval, ne cédez pas à un phénomène de mode (car la mode passe), …il ne s’agit pas d’être têtu mais d’être persévérant… assumez vos convictions et allez au bout de votre projet malgré les difficultés rencontrées : ne lâchez jamais le morceau…c’est ce qui vous rend crédible envers votre cheval…mais ne soyez jamais brutal car vous serez toujours le Grand …Perdant !»
Ces quelques constats, formulés de façon plus ou moins simpliste, mettent en premier plan (comme à l’accoutumée dès que nous nous interrogeons sur « le bien-fondé » de nos actions envers nos chevaux) que la majeure partie de nos problèmes sont liés à une assiette loin d’être irréprochable ( ! ) et par conséquent un manque d’indépendance quand ce n’est pas simplement un manque d’aisance dans l’utilisation de nos mains et de nos jambes !
Et là, puisque nous sommes déjà dans « une niche » dont l’étiquette mentionne « Equitation Classique » (pourquoi pas ? Encore que je préférerais La Belle Equitation !), je ne peux m’empêcher de faire allusion à l’expression bien connue :
« Le culte de la tradition n’exclu pas le progrès ! »
Soyons classiques ! C’est d’accord. Mais bénéficions du progrès. Prendre connaissance de notre passé (culturel) pour mieux appréhender l’avenir ou, sous une autre forme, comprendre d’où nous venons pour savoir où nous allons …Vaste sujet malheureusement (?) hors-sujet dans ce compte-rendu déjà bien long !
Côté développement / amélioration de l’assiette, « Vive le progrès : il nous donne le simulateur ! ». Ne sacrifions plus le dos de nos chevaux lors d’interminables heures de mise en selle sur de pauvres animaux (dont je n’ai pas besoin de dépeindre l’état moral et physique après des années de tape-cul dans nos centres équestres) et là, je ne m’étendrai pas sur le sujet, une multitude d’articles développant les avantages et inconvénients de l’utilisation de simulateurs mécaniques permettent à chacun de faire des choix.
Pour ma part, j’ai actuellement et ce depuis presque deux mois un simulateur de Peteris Klavins à disposition et je reste époustouflé des progrès et améliorations tant pour mon fonctionnement à cheval que pour une meilleure compréhension de mes chevaux sur l’interprétation de mes demandes via l’assiette exclusivement. D’autant que je me rends bien compte que dans l’utilisation de ce genre « d’outil », je n’en suis qu à des prémices, espérant beaucoup dans l’avenir par une pratique quotidienne sur cet outil permettant de ne se concentrer qu’exclusivement à la posture et aux incidences de la posture sur la locomotion.
Par cet outil, voilà au moins un point qui, à défaut d’être parfaitement maîtrisé, se trouve au moins considérablement amélioré et devrait continuer de s’améliorer.
Mais il y a forcément des limites : l’assiette et le fonctionnement du dos sont effectivement mieux accordés avec le cheval ; à contrario, l’usage de la main, quant à lui, n’est pas ou peu mis en cause. Il semblerait que bien peu d’outils soient à disposition pour développer cette aide qui prend toute son importance sur le dos de nos chevaux et qui provoque tant de résistances, d’incompréhensions, quand ce n’est pas de douleurs car la faute de main a une répercussion dans la bouche du cheval que nous voudrions bien garder dans « toute sa fraîcheur ». Pour les « non-convaincus » des dégâts qui peuvent être irréversibles dans la bouche de pauvres chevaux, faites une recherche sur le net d’un compte-rendu de Nevzorov (Nevzorov Haute Ecole) sur ce genre de dégâts, et si vous demeurez malgré tout sceptiques, …, malheur à vos chevaux !!!! Je ne suis pas là pour convertir, et si la prise de conscience n’est pas mûre…
Pour ma part, en fonction du fait que la majeure partie des chevaux que je dois travailler sont tous des « cas à rééduquer », j’en suis venu (par la force des choses) à travailler ces pauvres bêtes sans toucher à leur bouche, et parfois pendant de longs mois ! J’ai du m’adapter à travailler sur des caveçon ou sur des licols, mais je dois reconnaître ne pas y avoir retrouvé « mon compte » en précision comme en finesse de conduite, et surtout avoir le sentiment que par la non-intervention directe dans le bouche du cheval, adieu décontraction (légèreté telle que décrite par Baucher) retrouvée par la cession de mâchoire, adieu flexion directe de la nuque suivant cette cession de mâchoire avec ses répercussions dans tout le corps du cheval et tout particulièrement dans l’arrière-main…..tous ces constats en fonction de mes propres expériences, ressentis et affinités, car loin de moi l’idée de généraliser ! Même en tenant compte que pour tous les chevaux que j’ai eu à manipuler, les constats ci-dessus sont identiques ! Mais cet échantillon ne représente qu’une goutte d’eau dans la mer créatrice de Pégase !
Ce que je veux dire par-là, c’est que je n’ai pas été capable jusqu’à ce jour de retrouver la finesse obtenue avec mes chevaux embouchés quand j’ai voulu utiliser des dispositifs n’ayant pas d’action directe dans leur bouche. Mais par la force des choses, vu le passif des chevaux qui me sont confiés, j’ai souvent à travailler sans embouchure avec le sentiment de ne pas pouvoir « aller au fond des choses », de ménager « la chèvre et le choux » ! Vous l’aurez compris, il n’y a aucune provocation là-dessous, mais à la base, une « affaire de nécessité » . Sans oublier l’image d’une autre forme de liberté : qui n’a pas rêvé de manier à cheval avec le moins de contraintes possibles entre le cavalier et sa monture, d’en obtenir tout le brillant et la réactivité que la nature lui a donné, d’avoir la sensation que sans ses « artifices », le cheval monté retrouverait sa beauté et sa noblesse naturelles !
Tout ça pour en arriver qu’à ma grande surprise, au cours de ce dernier stage, 2 auditeurs présentaient des chevaux non embouchés, avec un « système » que je ne connaissais pas : il s’agit de « Bitless Bridle ». Et là, je dois tirer mon chapeau à ces deux auditeurs et leur accompagnatrice qui, sans provocation, sans chercher à convaincre, simplement avec l’intention de présenter des chevaux justes, sereins, en les montant « autrement » dans un souci d’efficacité et de légèreté. Je nomme ici Aurélia Boulineau à qui je souhaite de mener à bien ses projets équestres, Guillaume Parisot qui assume pleinement ses différences et « son refus à entrer dans le moule », et bien sûr leur accompagnatrice, Sylvie à qui je souhaite de trouver un auditoire de plus en plus nombreux à l’écoute de ses convictions et qui a eu le tact de ne pas aller au-delà de « provoquer ma curiosité » ! Merci à vous trois d’amener de l’eau au moulin !
Pour les curieux, je vous conseille de taper ces deux mots (bitless bridle) via un moteur de recherche sur le net et vous trouverez forcément des éléments complets.
voilà à quoi ressemble le dispositif.
Et quel ne fut pas mon étonnement de voir des chevaux ronds, d’une régularité « horlogère suisse » dans la cadence de leurs allures, attentifs, sereins, bref, pour reprendre une de mes « expressions favorites », tous les ingrédients étaient là pour que la mayonnaise prenne ! Mayonnaise de marque « Légèreté » !
Et elle a pris ! Vu l’orientation de mon quotidien concernant les redressages de mes chevaux que je situe dans mon écurie « peinte en blanc avec des croix rouges, annoncée par un panneau mentionnant hôpital silence », il est évident que j’ai vu là immédiatement une solution à mes attentes et mes recherches.
Ma curiosité m’a forcément amené à essayer ce dispositif, et je n’ai pas été déçu par les surprises ; dès les premières foulées, j’ai eu le sentiment de ne plus savoir conduire un cheval ! L’image qui m’est venue immédiatement à l’esprit fut celle d’avoir conduit une voiture pendant des dizaines d’années avec un volant, et là, j’avais la même voiture, mais il me fallait la conduire avec un « joystick » (l’image vaut ce qu’elle vaut : que personne ne crie, loin de moi l’idée de comparer le cheval à une voiture !). Mais passé les premières hésitations, une sensation de facilité et d’aisance s’est manifestée très rapidement, j’ai retrouvé une très bonne réactivité du cheval par des demandes via l’assiette, voire une réactivité plus fine aux demandes de l’assiette. Le travail latéral m’a paru spontanément plus « coulant ».
Bref, après ces quelques foulées, j’y ai vu bien des avantages ! Le tout répondant à mes critères d’user de l’assiette comme aide principale, et faire en sorte que la main comme la jambe deviennent des aides secondaires au sens où elles secondent l’assiette.
Ce qui m’a séduit le plus : l’absence de résistances « dans le bout de devant » et une grande facilité à équilibrer le cheval en se servant au plus juste de son balancier « tête-encolure », en réponse à la demande de mon balancier « tête-tronc » et d’autres points que j’ai entre-aperçus, mais que je n’énumérerai pas à présent car je ne peux pas affirmer et confirmer que mes sensations d’une demi-heure d’utilisation de ce matériel soient systématiques.
Ce que je n’ai pas aimé : j’ai beau chercher, …, j’ai tout apprécié ! Sauf, passés les premiers instants où je me suis retrouvé comme un gosse devant son premier sapin de Noël ( je suis comme ça : Quand ça me plait, cela me plait vraiment ; de même quand cela ne ma plait pas, cela ne me plait vraiment pas ! Il n’y a pas d’équivoque) j’ai moins apprécié de me retrouver dans la situation du chien qui va jouer dans le jeu de quilles…mais cela n’est pas vraiment un inconvénient, surtout s’il s’agit d’affirmer des convictions ! (Je crois être assez « entier » sur le sujet !).
Vu l’importance du sujet en question, et ma curiosité étant ce qu’elle est ; étant à la quête depuis bien des années de mon Graal :
Ma légèreté = mariage de l’équilibre et de l’activité (entre autres, car je n’ai pas la prétention de définir la légèreté !), je vais donc faire sous forme d’étude comparative que je mettrai en ligne via mon site (page DOSSIERS) le suivi de plusieurs de mes chevaux (de conformations différentes et de passifs différents) en situation : embouchés et non embouchés, et de niveaux différents : 4ans, basse-école, haute-école, sauteurs (courbettes, cabrioles, etc. …) montés, aux longues-rênes, bref, dans toute la panoplie de techniques qu’ils pratiquent et de services différents auxquels ils sont destinés.
Et après cela, …, si l’on peut mettre ce genre d’outil sous appellation Progrès, tant mieux et j’en serai ravi pour le mieux-être de mes chers compagnons ! Et si ce n’est pas le cas, tant mieux aussi, car plus vite on s’aperçoit que la voie choisie n’est pas la bonne, plus vite on peut « rectifier le tir » et orienter des recherches dans une autre voie.
Le tout sans aucune provocation, sans intégrisme, en simple recherche de mieux faire pour le cheval, tout simplement. Je crois qu’en passant tant de temps à l’observer, il nous dit souvent « comment il aime être monté » ! Et pour cela, j’ai besoin de « matériel », car je ne me sens vraiment pas prêt à monter un cheval complètement nu !
A suivre …