Sylvain BEAULIEU

DRESSAGE ET ÉQUITATION COMPORTEMENTALE

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épaule / hanche en dedans
passage du coin
épaule en dedans
Croupe au mur
Doublers
bitless bridle
Flexion du rein
 

BITLESS BRIDLE

1.    Pourquoi cette étude ?

 

Comme chacun sait, la bouche du cheval est sensible. Et nos fautes de main y ont une répercussion loin d’être anodine. Cette bouche, en fonction du rapport à la main, peut être le foyer de résistances ou un centre de décontraction.

Par la force des choses, (c'est-à-dire la nature même de mon activité consistant à « rééduquer » des chevaux gâtés, gâchés, loupés, …, tant physiquement que moralement), je suis souvent confronté à une rééducation de la bouche du cheval. Et pour y parvenir, je suis souvent dans une phase délicate qui consiste à manipuler ces chevaux sans embouchure pendant des laps de temps assez longs.
Sans embouchure donc, et par conséquent j’utilise divers outils tels que licols d’écurie (ajustés !), licols dits « éthologiques » et caveçons ; n’ayant pas de ressenti personnel pour les hackamore, side pull et bosals pour n’énumérer que ceux-ci, je suis donc limité aux « outils » énoncés plus haut.
Très vite, j’en arrive à « buter » sur les limites de ces « outils » soit par manque de tact personnel soit … par la limite d’application pour laquelle ces outils sont conçus !

Donc trop rapidement à mon goût dans la rééducation de cette foutue bouche de chevaux que je voudrais bien « garder fraîche », retour à l’embouchure et là, vaille que vaille, les incompréhensions débouchant sur des résistances, certes amoindries, ne manquent pas de réapparaître !

 

Une amorce de solution ?

 

Lors d’un de mes stages, 2 chevaux étaient présentés en « bitless bridle », et après avoir essayé ces chevaux avec ce dispositif, j’avoue n’y avoir trouvé….que des avantages.
Passée l’euphorie de cette découverte (! voir le compte-rendu du stage de Penfrat de janvier 2009),
j’ai donc décidé d’une part :

·         de mettre en pratique cet appareil sur mes propres chevaux rééduqués pour tester « le bien-fondé » de la chose !

·         d’utiliser cet appareil dans toutes les techniques que je pratique : longe, longues rênes, travail « à la cravache »

·         de présenter mes chevaux au travail aux longues rênes et montés sur le plat, sur les barres, aux sauts d’école, bref, dans tous les services dans lesquels mes chevaux évoluent.

Et d’autre part, suivant ces premiers résultats, d'entreprendre le dressage de chevaux « vierges » de toute embouchure par ce dispositif complémentaire des outils habituels (licols et caveçons).

 

 

Pourquoi vouloir se passer d’embouchure ?

 

Si je rééduque mes chevaux avec des outils n’ayant aucune action directe dans la bouche de mes chevaux pourquoi, me direz-vous, revenir au cours de ces « redressages » à l’emploi d’embouchures ?

La raison majeure (et je ne parlerai que de celle-ci, les autres étant très personnelles et non-objectives !) est qu’arrivé à un certain stade « gymnique », je ressens le besoin d’agir dans la bouche du cheval pour en commander la décontraction (réflexe de déglutition quand bien-même le cheval n’ouvrirait pas la bouche), pour retrouver « le sentiment » d’avoir plus de finesse dans le rapport entre la main et la bouche de mon cheval, car je crois avoir le tact par l’intermédiaire de la main, de ressentir la décontraction comme le mutisme ainsi que la naissance de résistances ; et d’avoir les sensations d’une plus grande précision dans la gestion de ce « foutu balancier équilibrant/rééquilibrant » qu’est l’ensemble « tête / encolure » ! D’autre part, qu’advient-il de cette forme de « preuve par neuf » de l’opération équestre réussie, observable par cette décontraction de la mâchoire ? Affaire de culture ou  décontraction réelle ? Faut-il remettre en cause les études concernant la perméabilité de la bouche des chevaux et leur décontraction ayant un écho dans le fonctionnement de tout leur corps ?

Passées ces « affaires » de ressenti, de sensations, et sensibilisé au fait que le cheval est sujet aux émotions, à la gaieté comme à son contraire, et manifestement à la douleur, des études mettant en avant les points de contacts des embouchures dans la bouche des chevaux m’interpellent particulièrement : commissure des lèvres, barres, langue et voûte du palais. Sans oublier qu’indirectement, on a aussi des agissements sur le nez et la nuque.
Prenant conscience que ces zones sont innervées, et la bouche tout particulièrement, qu’en est-il du rapport de confiance (et par contagion naissance de résistances) entre le cheval et son cavalier lors d’une faute de main, quand bien-même celle-ci serait la conséquence d’une maladresse, la brutalité étant bien évidemment exclue de ces propos ! Et là, le prix fort de cette maladresse me renvoie, par la perte de confiance et de crédibilité vis-à-vis de mon cheval, des semaines voire des mois en arrière dans sa rééducation ayant « trahi » la confiance qu’il m’avait de nouveau accordée.
Pour faire une image, c’est du même ordre que « le saut de trop » du cavalier de CSO qui après quelques enchaînements parfaits, va sauter une « dernière barre » … qui va se transformer en catastrophe ! Du coup, sa séance d’entraînement, aussi bien construite et déroulée soit-elle se transforme en séance médiocre pour ne pas dire « destructrice » d’un point de vue moral.

L’idée est donc de supprimer « le fer », avec pour avantage de supprimer systématiquement l’aspect douloureux du fer dans la bouche, et pour inconvénient supprimer cette notion de dialogue « fin et subtile » recherché entre la main et la bouche.

 

D'où ressort la première question, avant de se mettre "à l’œuvre" : 

 

 Comment, et doit-on compenser cette notion de dialogue "fin et subtile" entre la main et la bouche?

 

Arrive immédiatement une deuxième question « lourde de conséquences » :

 

Si j’obtiens une réponse positive à la première question, qu’advient-il de notre culture qui fait l’apologie du rapport entre la main du cavalier et la bouche de son cheval par l’intermédiaire …de l’acier ?

 

 

Ce sont du moins les premières questions qui me viennent à l'esprit parmi d’autres que je « prévois », conscient qu'à l'utilisation, bien d'autres vont surgir!


 

1.     Les préalables :

 

Vue(s) la (les) pressions qui s’exerce(nt) sur la tête du cheval, le premier constat qui s’impose est que le cheval doit être manipulé en sorte qu’on lui apprenne « à céder à la pression ». Non pas que dans d’autres cas ceci soit inutile, mais il me semble qu’ici cet apprentissage prenne tout son sens. L’outil ayant une action très prononcée sur la nuque entre autre, chacun d’entre nous a en mémoire la violence avec laquelle le cheval est capable de chercher à se soustraire à une pression sur sa nuque quand il « tire au renard ». Je pense qu’avec cette image, l’importance de la préparation qui va consister à le faire céder à la pression est à mettre dans les priorités !

Le second constat est que dans l’utilisation des aides, la main ne devrait (à confirmer au fil de l’étude) pas avoir les mêmes incidences sur le corps du cheval, ce qui m’amène à reformuler ce que bien d’autres ont fait avant moi : « quel que soit l’outil, rien ne peut remplacer une bonne assiette ». Et il me semble que dans cette configuration, où la main devrait perdre considérablement son influence, cette finesse de l’assiette va être mise au premier plan et prendre une importance capitale dans la communication cavalier/cheval. èImportance de la mise en selle (comme par hasard !).

 

La progression :

 

J’ai choisi un cheval dans mon écurie qui est familiarisé (encore que tous le soient !) à ces manipulations, et donc c’est par « une piqûre de rappel » que notre « entretien » va commencer !

A savoir que ce cheval a eu la bouche « matraquée » au point où lors de son redressage, il m’a fallu passer par les étapes du caveçon, puis du caveçon et du filet pour remplacer progressivement les rênes de caveçon par les rênes de filet, puis filet simple et double brisure à gros canons, pour finir actuellement d’une réactivité parfaite en bride dans les agissements contraires et complémentaires du mors de bride /extenseur-abaisseur et du mors de filet / releveur. Cette rééducation m’a pris 1 an et demi.

 

·        Première phase, cavalier « pied à terre » :

 

J’ai donc détendu ce cheval comme à l’accoutumée en liberté, puis sur un licol, aux trois allures avec une bonne dizaine de changements de mains, alternant portions de cercles et lignes droites.

Puis j’en suis venu à des manipulations « statiques » en m’adressant à des parties isolées du corps du cheval ; le but étant de m’assurer que chacune de ces parties cède à la pression d’une part, et d’autre part que je puisse agir à volonté sur chacune de ces parties sans provoquer de réactions dans celles qui ne sont pas concernées. Je ne peux renier mes origines, il y aurait bien une influence « Bauchériste » là-dessous !
Concrètement, ces manipulations se sont adressées à chaque hanche, à chaque épaule, à l’encolure
(flexions latérales, relèvement et abaissement), et à la nuque.
Puis reprise de toutes ces manipulations en mouvement.
Puis, concernant « le bout de devant », nouvelle reprise de ces manipulations statiques puis en mouvement via « bitless bridle ». Pour y parvenir, j’ai procédé tel que je le fais habituellement sur le filet, dans l’état d’esprit de « faire suivre ma main en tous sens par sa tête », et du coup, découvrir comment agit cet outil sur la tête du cheval. D’autre part, et d’un point de vue plus général, je cède (rends) non pas quand le cheval a cédé, mais quand je sens qu’il va céder. Et il ne s’agit absolument pas de « jouer sur les mots » !

 

Premiers constats :


J’obtiens facilement, statique puis au pas et enfin au trot les flexions latérales d’encolure, celle-ci étant horizontale, puis  voisine de 30degrés, puis sous l’horizontale.
Je me sens « gauche » et mon cheval me restitue cette gaucherie ( ! ) quand en mouvement, je veux passer d’un pli à l’autre. Pour ce premier « jet », je dois passer par quelques foulées « droites » avant d’inverser l’incurvation pour conserver une posture stable de « sortie d’encolure et de hauteur de nuque ».
J’obtiens avec aisance des « vraies » voltes que je quitte par quelques foulées d’épaule en dedans puis retour sur la volte sans avoir altéré ni le pli, ni l’incurvation. Je constate qu’en fonction de l’amplitude de ses foulées en épaule en dedans, le cheval « gère » de lui-même l’orientation de sa sortie d’encolure et par conséquent la hauteur de sa nuque. Par contre, au- delà d’une trentaine de degrés dans le relèvement de l’encolure, malgré une flexion du rein plus prononcée, le cheval ne relève pas davantage son encolure. Donc c’est par la main que j’interviens et c’est là où les choses se « gâtent « : c’est quand je demande le relèvement maximal de l’encolure : l’action de ma main via « bitless bridle » a plus tendance à provoquer l’abaissement de la nuque après sa fermeture, et donc cette action de la main contredit le relèvement de l’encolure ; du coup, je provoque des contractions/résistances dans l’encolure.

 

·        Deuxième phase, même progression monté :

Les constats :

Statique, puis au pas comme au trot, flexions, relèvements puis abaissements de l’encolure, flexion directe de la nuque. Alternance de droites et de cercles de tailles diverses, pour en arriver aux voltes.

Je retrouve les mêmes hésitations qu’à pied, amplifiées. Par contre, les sensations d’aisance, de fluidité et de régularité dans la locomotion sont plus marquées, passées mes premiers tâtonnements sur l’emploi des rênes. Par contre, les problèmes sont les mêmes quant au relèvement de l’encolure dans son orientation et sa sortie.