Etat d’esprit :
C'est en aimant le cheval tel qu'il est, pour ce qu'il est, que l'on peut, par la fusion des deux corps en mouvements, donner cette sensation d'osmose, d'accord parfait.
Pour chaque cheval, se comporter comme un sculpteur qui, jour après jour, façonne, donne des formes, transforme de la matière brute en une œuvre d'art.
Monter à cheval en extériorisant des émotions, des sensations, et non avec une « âme de règlement » !
Avoir l'état d'esprit du "jazzman" : c'est-à-dire un sens aigu de l'improvisation. Partir du travail des gammes pour créer des mélodies, grouper ces mélodies pour en faire des thèmes; être en recherche permanente d'expression de sensations, d'émotions; par la création de mouvement, le cavalier exprime ses émotions. Monter à cheval avec une âme d’artiste, en étant créatif.
C'est par l'accord des esprits et des corps que le cavalier, par l'intermédiaire du cheval, exprime ces émotions et sensations.
Pour cela, le cheval est un "émetteur / récepteur" fantastique de nos émotions. A condition de ne jamais se comporter comme un "petit chef, un dictateur, ou un despote, ou un tyran", mais l'homme doit être un vrai chef; celui qui est suivi, obéi, qui attire, simplement parce qu'il est respecté, aimé, et non craint. C’est celui vers lequel on se tourne lorsque l’on a des doutes, lorsque l’on a besoin d’une ressource.
Pour cela, il ne doit jamais employer la force pour convaincre, mais toujours la douceur et la compréhension ; la difficulté consiste à n'utiliser que la douceur, sans jamais tomber dans la mièvrerie. Sans oublier que la douceur n’exclut pas la fermeté !
Un tiers observateur doit être ému, fasciné, captivé par le spectacle vivant et éphémère que présente l'évolution du couple. Quand la fusion se fait, tout devient "expression artistique".
Pour que les émotions "transpirent" des évolutions du cheval avec son cavalier, le cavalier ne doit pas monter pour être vu, en cherchant « à montrer un savoir-faire », mais en recherche permanente à "plus d'accord avec son cheval" ; il faut chercher à "rentrer totalement dans son cheval", chercher à se fondre dans le cheval. Ne pas s’obstiner à « se montrer à cheval » ; c’est le même principe qu’un couple de danseurs : l’un guide, et l’autre suit. Jusqu’à ce qu’il y ait une entente telle que celui qui suit en arrive à « devancer » les suggestions de celui qui mène. Pour un observateur, ce qu’il voit, c’est un couple qui évolue, et non plus deux individus qui gesticulent plus ou moins en rythme.
Anecdote : un jour où je montais Historico, magnifique pure race espagnol, je « pérorais » devant quelques amis accoudés au pare-botte ; tant que je montais ce beau cheval pour faire la démonstration de mes compétences, je n’ai obtenu que des gesticulations mécaniques, techniques, froides. Ce n’était que de « la technique maîtrisée » ! Quand je me suis rendu compte de mon erreur, je me suis mis « en retrait » pour que mon cheval puisse exprimer tout le brillant que la nature lui a donné, et là, le cheval s’est mis a « briller », comme s’il était sorti d’un carcan, à un tel point que j’ai eu ce jour un des plus beaux compliments qui soit : « On aurait dit que le cheval travaillait seul, on ne voyait que lui » !
Le cavalier ne doit plus utiliser que sa tête, avec des intentions claires, nettes, explicites, ponctuellement renforcées par ses aides, les plus discrètes possibles, par touches « électriques », fines, subtiles, « secrètes », et son corps doit, quand à lui, se contenter de rester en accord avec les mouvements de son cheval. Son corps doit "fusionner" avec le corps du cheval. Toutes les sensations de mouvement doivent être perçues dans le corps du cheval. Aller jusqu'à ne plus sentir son propre corps; aller jusqu'à la sensation d’être dans le corps du cheval, sentir les éléments extérieurs par l’intermédiaire du corps du cheval.
Perfectionner les choses simples. Les figures compliquées peuvent toujours être décomposées en formes simples. Si elles sont maîtrisées à la perfection, les enchaînements s'approcheront alors de la perfection. C’est pourquoi, je crois, que l’Art Equestre commence par le perfectionnement des choses simples ; en cela, je suis totalement d’accord avec les notes de Nuno OLIVEIRA.
J'entends par perfectionner les choses simples de les rendre parfaites d'un point de vue : géométrique, qualitatif de posture, du mouvement, de légèreté du cavalier, et de les rendre "vivantes", de dépasser la maîtrise de la technique pour faire de chaque déplacement, chaque mouvement, un véhicule d'émotions. Et là encore, je ne peux que penser à Nuno Oliveira :
« l’Art Equestre, c’est la sublimation de la technique par l’amour ».